Moulin du Diable 2

LE MOULIN DU DIABLE DE GUERANDE.

Sur la route qui mène de Guérande à Herbignac s’élève le moulin de Crémeur aussi appelé le moulin du Diable, encore en bon état malgré son âge (XVème siècle) et qui fait l’objet d’une des nombreuses légendes bretonnes où se mêlent diables et hommes.

  C’est l’histoire d’un meunier guérandais et son épouse, pas vraiment riche mais pas tout à fait pauvre car ils possédaient un moulin. Sauf que ce moulin-là ne moulait rien du tout parce que le vent se refusait de faire tourner ses ailes et qu’évidement personne n’y venait moudre son grain. Ceci explique la désespérance  du meunier.

 Un jour, alors que le meunier se lamentait encore plus sur sa pauvre situation, un étranger richement accoutrer passa et vint lui parler. Il lui demanda quelle était la raison de sa triste mine. Le meunier lui raconta alors l’histoire de son moulin, sa seule source de revenu, si mal situé que le vent même soufflant et grondant ne faisait pas tourner d’un millimètre ses ailes alors qu’il aurait pu être pour lui, maitre meunier, source de tellement de richesse. Il dit à cet inconnu qu’il pensait l’abandonner et peut être quémander ailleurs quelques basses besognes pour nourrir sa famille.

 « Est-il possible que je puisse vous apporter mon aide » dit alors le voyageur. Le meunier se demanda si ce n’était pas alors la providence qui envoyait cet étranger pour résoudre son problème, peut être un riche propriétaire qui voudrait racheter sa ferme pour un bon prix…la suite le rendit perplexe.

« Je vois que tu as sur tes terres une colline près de ta maison, je peux y construire un nouveau moulin qui aura tout le vent qu’il lui faudra et moudra tellement que tout le pays guérandais viendra pour te faire clientèle et fortune, et ceci je peux le faire en une nuit ».

 « En une nuit, cela est impossible » se dit le meunier, « seul Dieu ou le Diable y arriverait… »

En effet, il ne se trompait pas tout à fait car c’était bien le diable qui venait lui proposer une affaire.

« Bien sûr » dit le diable « cela ne peut se faire sans contrepartie… il me faudra ton âme à ta mort mais pour les années qu’il te reste à vivre et pour ta famille, plus aucun soucis. »

 Bon catholique, le meunier se refusait de voir partir son âme en enfer mais en réfléchissant et voyant la misère s’abattre sur sa famille, il accepta sans penser aux conséquences de son acte.

« Ceci est donc fait » dit le diable « tu me donnes ton âme en échange d’un moulin entièrement construit en haut de cette colline et avant que le coq est chanté demain. Pacte est signé ».

 Le meunier rentra chez lui, mais tellement honteux de cet acte infâme que sa femme le voyant encore plus malheureux que d’habitude lui demanda ce qui avait pu se passer. Il lui raconta tout…

 Après un instant d’hébétude d’avoir appris cette grave nouvelle et malgré la colère qu’elle ressentait contre son mari qui avait pactisé avec le diable, la femme eut une idée. Mais elle n’en dit rien afin de laisser son mécréant de meunier se désespérer de sa faute envers Dieu.

Alors que la nuit tombait, le diable commençait ses travaux. Elle veilla toute la nuit puis un peu avant l’aube alla, munit de plusieurs lanternes, vers le poulailler et éveilla toute la basse-cour. A la vue de toutes ces lumières,  le coq trompé, se mit à chanter d’une telle ferveur que le diable se croyant à l’aurore abandonna son chantier.

 Le meunier, sortant de sa torpeur, se rendit sur la colline et vit un moulin si beau et si grand qu’il se sentit encore plus désespéré. Le diable avait donc tenu sa promesse.

Sa femme, ayant pitié de lui, lui révéla son subterfuge et lui montra un emplacement juste un peu en dessous des ailes…. Il manquait une pierre…. Le contrat n’était pas rempli ainsi le meunier garda son âme.

 Le diable se mit dans une telle colère d’avoir été dupé qu’il déchaina une tempête énorme dans toute la presqu’ile guérandaise, mais la meunière, toujours plus maline, déposa une statue de la vierge dans l’emplacement vide, qui vaincu définitivement le démon et fit renaitre la prospérité dans la famille du meunier, qui avait été bien imprudent mais que le destin avait fait épousé une femme si rusée et si pieuse.

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